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L’absence de ceux qu’on aime

01/08/2017

anna chen - life coach absence de ceux qu'on aimeAujourd’hui, je voulais parler de ce que je traverse. Je savais que ça allait arriver. Ma grand mère est morte en début juillet. Ça faisait 2 mois qu’elle se battait et qu’il n’y avait plus d’espoir.

Les funérailles à la chinoise sont très compliquées. Ce sont des enchainements d’actions tellement ordonnées qu’il n’y a pas le place pour le deuil le vrai : se rendre compte qu’on a perdu un être cher. J’avais juste envie d’être avec ceux que j’aime, de me laisser aller à être moi même et de pleurer. J’ai juste envie de me rappeler de ma grand mère, lui dire au revoir.

Je n’ai pas eu l’espace de parler d’elle en famille. Ici, c’est mon hommage à moi. Ma façon de me rappeler d’elle et lui dire combien elle a compté pour moi.

Je n’ai pas envie d’enseigner à qui que ce soit comment gérer le deuil. Je n’ai rien à enseigner là dessus. C’est la première fois que je perds quelqu’un qui compte vraiment. Pendant longtemps, je disais que j’avais de la chance de n’avoir jamais eu à vivre ça, de perdre quelqu’un de cher. Ce jour-là est arrivé.

L’appel

Mardi 4 juillet à 7h du matin, ma mère m’appelle pour me dire que ma grand mère est morte. L’appel est court. Elle raccroche tout de suite avant d’aller à l’hôpital. Mon mari me prend tout de suite dans ses bras pour me consoler mais je le repousse. Je n’étais pas prête.

Comme à l’annonce des médecins qu’il ne lui restait que quelques jours à vivre, ma tête prend le contrôle. Je me lève et traverse tout l’appartement. Je pense à tout ce que je dois faire: aller aux toilettes, déplacer un rendez, envoyer un mail. Je m’observe. Je m’en rends bien compte que c’est comme la dernière fois. Je ne ressens rien.

Je retourne dans le lit. L’information prend plus de place. Au bout de quelques minutes, je commence à ressentir un trou noir dans mon coeur. Je me roule en boule. Là, je demande à mon mari de me prendre dans ses bras. Maintenant je suis prête. Ses bras autour de moi, je ressens son amour combler un peu ce trou dans mon coeur. Et nous restons ainsi sans rien dire quelques minutes.

Ces souvenirs là

Après l’annonce, j’ai écrit mes mornings pages. Je me suis souvenue de toutes ces choses que j’ai partagées avec elle. La fois où je lui ai demandé si son herbe médicinale était amer et qu’elle en a profité pour m’en fourrer dans la bouche, la fois où je lui ai demandé si elle s’était mariée en se faisant porter dans un palanquin et qu’elle avait pouffé de rire, son vin maison à base de riz, ses bons petits plats, sa gym matinale avec ses amis…

Je me suis effondrée sur un souvenir singulier. Je ne sais pas pourquoi celui là. On était assise toutes les deux dans le hall d’immeuble attenant à sa boutique. J’avais décidé de lui arracher les cheveux blancs. Elle en avait beaucoup. Elle me disait qu’elle n’aurait plus de cheveux si j’arrachais tout.

Qui l’eut cru que ces petits moments là deviendraient précieux ?

Tous ces souvenirs sont teintés de tendresse et de douceur indélébile. Je me rappelle de ma grand mère et ce sont ces images qui surgissent. Elles datent de plus de 25 ans maintenant.
Quand une personne part, on garde une collection de souvenirs, d’émotions, des moments partagés. On continue à les faire vivre en nous. Certes, elle n’est plus là. Mais personne me prendra mes souvenirs d’elle. Il y a beaucoup de choses dont je ne me souviens pas dans ma vie. Souvent, mon mari me parle d’un restaurant où on a été et ça m’est complètement sorti de la tête. Mais je n’oublie jamais ce qui me touche.

Les larmes

Après l’avoir appris mardi matin, à part le moment où j’ai senti le trou noir dans mon coeur, ça allait je gérais. Je trouvais ça étonnant que je ne me sente pas plus affectée que ça. Je me disais que je le gérais bien parce que j’avais lu beaucoup de livre sur la spiritualité, je savais ce qu’il allait se passer, la réincarnation, le voyage de l’âme. Au fond, ce n’est pas vraiment une fin.

3 jours après l’annonce, à la fin de mon auto traitement reiki, je m’effondre en larmes. Toutes ces larmes, que je n’ai pas eu depuis la nouvelle de sa mort, coulent à flot et perlent le long mes joues. Chaque pensée me tire à elle. Je ne la reverrais plus. Je me rappelle de la dernière photo d’elle et je pleure. J’écris à propos d’elle. Chaque phrase, chaque détour m’émeut. Je ne sais même plus pourquoi je pleure.

Mais ça sort. Je fais mon yoga. Je pleure. Je suis en shavashana. Mes larmes coulent jusque derrière mon crâne sur le tapis. Je suis pétrifiée. Je lâche tout. Je me laisse aller et je laisse tout sortir.

Ça faisait longtemps que je n’avais pas autant pleuré. Je me sens à fleur de peau. Ça me fait du bien de la pleurer. Comme si je me lavais émotionnellement.

Ne pas essayer d’aller mieux

Chaque jour est différent. Chaque jour je ressens quelque chose de différent. Chaque jour une autre couleur du deuil, de la souffrance, de l’absence, du mal être.

Je me regarde ressentir. Je me regarde pleurer. Je me regarde me souvenir.

Je sais pas comment ça va se passer. J’ai pas envie de faire semblant. J’ai pas envie de m’intéresser à d’autres personnes. J’ai pas envie d’aller à des soirées. J’ai juste envie d’être avec mon mari. Et quand j’ai trop mal, j’ai envie qu’il me prenne dans ses bras. Même si parfois, ce n’est pas suffisant.

Juste me replier sur moi même, ne rien faire, ne pas essayer d’aller mieux, de faire un effort. Je me laisse dans le chagrin. Je veux ressentir. Je veux ne pas me mentir.

Je me rappelle d’elle, je pense à elle, ce qu’on a vécu, ce qu’elle a été pour moi. Ces moments précieux, ces moments anodins. Juste toi et moi. Mes questions d’enfants. La réponse d’amour que tu me donnais toujours.

Je veux me remémorer. C’est ok d’être triste, de me sentir seule, de me dire qu’elle ne sera plus là, qu’elle est au paradis, qu’elle va faire un beau voyage dans le monde des esprits, qu’elle va faire le bilan, qu’elle va se reposer, qu’elle va se réincarner.

Je suis heureuse de ressentir de la tristesse parce que je l’aimais et je l’aime encore, que j’avais une relation particulière avec elle, que j’ai mal, que c’est difficile de la voir partir, de me dire qu’elle est morte.

Je n’ai pas peur de dire qu’elle est morte. C’est juste qu’elle ne sera plus là.

Qu’est-ce qui fait le plus mal ?
Qu’elle ne soit plus là, son absence aux repas de famille, que ce ne soit plus que mon grand père. Puis ce sera son tour.
L’absence des gens qu’on aime, je crois que c’est ça le plus dur, qu’elle ne soit plus là, juste ça.
Tout le reste ça me va: la mort, la maladie, l’arrêt de la souffrance, les funérailles. Tout ça, ça me va.

J’ai tellement de gratitude d’avoir eu une telle relation avec ma grand mère, d’avoir un être cher à perdre. Oui on n’a pas tous quelqu’un comme ça.

Rien qu’une dernière fois

A chaque fois que j’arrivais chez elle, en passant le pas de la porte je criais toujours chaleureusement « Abu » ce qui veut dire grand mère dans notre dialecte. Elle me répondait toujours avec chaleur et joie « eyy » notre version de « hey » . Elle me demandait toujours “où est ta mère ?”. Elle avait ce sourire. Elle avait cette joie de nous voir. Et je lui demandais ensuite comment elle allait . Elle me répondait toujours qu’elle allait bien.

Je ne m’étais jamais rendue compte que nous disions exactement les mêmes phrases à chaque fois que je lui rendais visite.

Ce petit truc de rien du tout. C’est con. Mais ça, ça me manquera de ne plus pouvoir dire « Abu » et de voir son sourire, de lui demander si elle va bien, d’entendre sa répondre. Ça me manquera. On ne sait pas ce qui est précieux. On ne s’en rend pas compte jusqu’à ce qu’on le perde. J’aimerais l’entendre encore une fois me répondre. Rien qu’une fois.

Quand j’irais la voir sur sa tombe, je me ferais cette conversation et j’entendrais sa voix me répondre que tout va bien.

Merci d’avoir été ma grand mère.

PS: En travaillant le texte, j’ai dû changé le temps des verbes. Et là, je réalise que dorénavant quand je parlerais d’elle je ne pourrais utiliser que le passé…

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2 Comments

  • Reply Illyria 01/08/2017 at 20:40

    Touchant article, tu as bien fait de l’écrire, d’en laisser une trace ici!
    C’est quoi les livres sur la spiritualité que tu as lu qui parlent du chemin des âmes après la mort?
    Je te souhaite un bon courage sur le chemin du deuil et de continuer à profiter de ceux que tu aimes!

    • Reply Anna 10/08/2017 at 16:15

      Merci Illyria de m’avoir lu. Le dernier que j’ai lu est Journey of the soul de Michael Newton si ça t’intéresse.
      Merci pour ton message de soutien. Oui je continue de profiter de ceux qui sont là. <3

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