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Fille d’immigrés

23/02/2017

fille d'immigrés
Je sais qu’on est à une époque où l’immigration, le racisme, l’étranger, l’autre est un sujet délicat. Je ne voulais pas rajouter une couche. Ce que je dis ici est juste mon point de vue personnel et ma compréhension de la situation. Je ne pensais pas le publier mais ça me prend aux tripes et j’avais envie de le dire parce que ça me touche. Je parle rarement de mes parents. Je les évoque et je pense surtout aux rapports conflictuels que nous avons eu. Aujourd’hui l’histoire de cette immigrante qui m’a profondément émue résonne en moi et me fait comprendre tellement de choses à propos de ma famille.

Il y a quelques jours en scrollant sur mon feed facebook je tombe sur cette photo et ça m’a interpellé. J’ai lu son témoignage.

Pour ceux qui ne cliqueront pas sur le lien 🙂

“My husband and I sold everything we had to afford the journey. We worked 15 hours a day in Turkey until we had enough money to leave. The smuggler put 152 of us on a boat. Once we saw the boat, many of us wanted to go back, but he told us that anyone who turned back would not get a refund. We had no choice. Both the lower compartment and the deck were filled with people. Waves began to come into the boat so the captain told everyone to throw their baggage into the sea. In the ocean we hit a rock, but the captain told us not to worry. Water began to come into the boat, but again he told us not to worry. We were in the lower compartment and it began to fill with water. It was too tight to move. Everyone began to scream. We were the last ones to get out alive. My husband pulled me out of the window. In the ocean, he took off his life jacket and gave it to a woman. We swam for as long as possible. After several hours he told me he that he was too tired to swim and that he was going to float on his back and rest. It was so dark we could not see. The waves were high. I could hear him calling me but he got further and further away. Eventually a boat found me. They never found my husband.” (Kos, Greece)

Pour lire le témoignage sur la page facebook de Human of New york

J’ai lu et relu plusieurs fois son récit. En quelques mots, j’ai senti mon coeur se déchirer. J’ai senti une profonde tristesse pour elle, une injustice, une détresse. On ne peut pas être indifférent aux histoires de récits de survivants et se dire que c’est une histoire de plus. Ça nous met face à nos propres histoires.

Les personnes qui immigrent ne le font pas pour le confort, pour seulement le gain, parce qu’ils veulent voler le travail des pays où ils cherchent refuge. Ils sacrifient tout. Ils risquent tout, ils font des voyages vers l’inconnu, vers un pays dont ils ne connaissent rien, ils se déracinent et cherchent la survie, une vie meilleure. Ils perdent tellement avec juste l’espoir de trouver une vie qui soit plus clémente.

J’ai lu des commentaires effroyables, dénués de toute compassion.

« Don’t cry your husband is a hero. »

Elle a tout perdu. Elle est déchirée, dévastée, vidée, dénuée de tout. Elle ne voulait pas un héros mort. Elle voulait juste son mari. Lui c’est son seul pilier. Lui c’est sa seule source d’amour, qu’elle a perdu à tout jamais dans le flot dans cette traversée de la mort.

J’en ai eu les larmes aux yeux. Ça m’a ouvert les yeux.

Le courage d’immigrer

J’ai lu beaucoup de réactions. Mais ça m’a fait réfléchir et repenser mon attitude face aux immigrants et à ma propre famille aussi. Mon histoire, qui je suis. Cette immigrante a une histoire universelle. L’immigration, ça concerne tout le monde.

Some heartless people have called the refugee crisis an “invasion” and accused the refugees of being “opportunistic.”

Ce n’est pas facile d’immigrer de changer de pays, de partir. On part parce qu’on n’a plus d’espoir dans le pays d’origine, on part parce qu’on n’a pas les moyens de créer la vie qui nous puisse nous rendre heureux. On part pour quelques raisons qu’ils soient. Mais on ne part pas comme on part en voyage.

On part dans la peur, l’incertitude vers un pays dont on ne parle pas la langue, vers un pays dont on ne connait rien, qui nous est étranger, qui ne veut pas de nous, où tout fait peur, tout est difficile: faire les courses, avoir un appartement, avoir des amis. Avoir une vie est juste difficile.

L’immigration on ne le fait pas par gaieté de coeur. Mais par survie, par dépit, parce qu’on n’a pas le choix, parce que le pays d’origine ne présente plus aucun espoir. Ce n’est pas par opportunisme qu’on immigre. Ce n’est pas confortable. Ce ne sont pas les vacances de tout perdre, de tout vendre, d’être au bas de l’échelle sociale dans le pays où on arrive. On n’est personne, on n’a pas d’identité, on est un paria, on n’est pas accueilli. On ne veut pas de nous.

Mais on ravale sa fierté, on baisse la tête et on travaille. On survit, on se bat. On décide de s’installer bon gré mal gré. On est là pour construire sa vie dans cette terre d’asile où tout est possible, qu’on veuille ou non de nous. Qu’on veuille ou non vous donner du travail.

Mais au moins ici on a de l’espoir, on a une nouvelle chance de créer une vie. On ne nous donne pas de chance. On ne nous fait pas de cadeau. On est immigrant. On doit justifier sa présence, se faire tout petit, ne pas faire de vague, se faire accepter, travailler et ne pas parler. La vie d’immigré. On est personne. On ne demande rien à personne.

Enfant d’immigrés

Je comprends mieux mes parents. Pour la première fois de ma vie, je commence à comprendre. Je commence à ressentir ce qu’ils ressentent. Et pourquoi ils agissent ainsi et pourquoi ils m’imposent tout ça.

La différence entre un immigrant et un expatrié. On dit qu’on appelle immigrant ce qui sont non blancs et les expats pour les blancs. Non c’est pas vrai. Selon moi, la vraie différence est qu’un immigrant fuit quelque chose, la pauvreté, la guerre, la dictature… L’immigrant cherche à survivre. Alors que l’expatrié est à la poursuite d’un rêve, d’une opportunité, d’une excitation. L’expatrié n’est pas en survie lui. L’expatrié va le faire pour quelques années et peut être retourner dans son pays d’origine ou aller dans un autre pays. Mais l’immigrant cherche une terre d’asile pour se reconstruire. Il ne pourra sans doute pas retourner dans son pays d’origine en tout cas pas tant que la situation sera dangereuse, instable ou non viable économiquement.

Anna et parents

Mes parents et moi

Je suis fille d’immigrés. Je suis la deuxième génération. J’ai vécu avec ce fardeau que porte mes parents, ma famille, ma communauté. J’ai vécu en voyant les nouveaux arrivants, les immigrants, cherchant une terre d’asile. J’ai vu la peur, l’insécurité. Mes parents me faisaient comprendre que je n’étais pas chez moi en France. Ils me faisaient comprendre que j’avais le nez plat et la peau jaune et que je n’étais pas française pour cette raison. Qu’ils doivent travailler dur pour réussir, que ça passe par le travail, qu’il ne faut pas rêver ici, que j’étudiais pour pouvoir traduire les papiers, mais que je ne devais pas espérer une vie comme les français, qu’il fallait travailler dur pour nourrir les enfants comme ils le font.

Qu’on soit la première vague d’immigration, arrivée il y a 30 ans, 50 ans, 80 ans, 5 ans, 5 mois. J’honore le courage de ces personnes qui ont eu la force de refaire leur vie, de tout quitter et d’aller chercher un bout de bonheur ailleurs, une promesse d’une vie meilleure. Que ce soit un syrien aujourd’hui, que ce soit un chinois il y a 30 ans, que ce soit un algérien il y a 50 ans, que ce soit un Espagnol il y a 70 ans. Peu importe, je salue la bravoure, la foi d’y croire, le courage d’avoir tout tenter, la détermination, l’amour qu’ils ont pour leurs enfants pour leur donner le meilleur, l’esprit de vie qui les traverse pour trouver une vie plus en sécurité.

Je ne l’ai pas vécu. Mais je l’ai vu de mes propres yeux. Je suis fille d’immigrés. Je suis le fruit de tous leurs espoirs. Je suis la raison pour laquelle ils ont tout risqué. Seulement aujourd’hui, je vois leur courage.

Je disais en début que l’histoire de cette femme est universelle. Je vis dans un pays constitué de tellement de vagues d’immigration. Je ne suis pas la seule fille d’immigrés. Nous avons un héritage riche. Nous sommes le fruit de familles qui ont eu le courage d’échapper à la détresse pour créer une vie en quête de bonheur. Je me sens connectée à toutes les personnes de diverses cultures. L’immigration pour moi a créé le coeur de notre culture. On vient de tant d’horizon avec ce même espoir. C’est ça que je vois et c’est ça qui nous unit aussi.

PS: Mes parents n’ont pas une histoire aussi déchirante que cette femme. Ce n’est pas comparable bien sûr. Mais il a fallut que j’éprouve une compassion pour cette femme pour que je comprenne aujourd’hui la difficulté, le dénuement et la peur quand on immigre.

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4 Comments

  • Reply maman délire 24/02/2017 at 11:34

    ❤️

  • Reply Ola 04/03/2017 at 11:36

    t’as entièrement raison!!!!

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